Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères : « Le Dialogue de Tanger doit devenir un événement annuel pour proposer des idées innovantes »

Dans un discours marquant le lancement du Dialogue de Tanger, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a exhorté les participants à aller au-delà du « brainstorming » et à formuler des propositions concrètes. Il a exprimé l’espoir que cet événement devienne une rencontre annuelle où intellectuels, journalistes, politiciens et penseurs se réunissent pour faire la différence, en réfléchissant à des changements réels et tangibles.

Nasser Bourita a déclaré dans son discours d’ouverture : « Tanger, à cheval sur deux continents, deux rives et deux mers, a toujours été le carrefour et le lien. Elle a toujours gardé les yeux sur l’horizon et l’âme ouverte sur l’Autre. C’est d’ici qu’Ibn Battouta est parti à la découverte du monde. C’est à Tanger que Matisse et Delacroix sont venus chercher la lueur de la lumière et l’éclair du génie. »

Le ministre marocain des Affaires étrangères a salué le Projet Aladin pour son travail et a noté : « Le Projet Aladin a de nombreuses forces, dont l’une des expressions est l’organisation de ce genre de rencontre. Mais ses actions vont au-delà et son impact peut aussi être plus profond. En effet, l’engagement du Maroc aux côtés du Projet Aladin est un engagement ancré dans ses origines. Lors de la conférence de lancement du Projet Aladin, en 2009, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a courageusement nommé l’indicible et a vigoureusement rejeté le négationnisme. Depuis lors, le Maroc n’a cessé de soutenir le Projet Aladin, notamment en restant fidèle à son esprit et actif au sein de son conseil d’administration. A cet égard, je salue l’engagement discret mais efficace de M. André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté le Roi. »

« Le Projet Aladin est venu cristalliser un engagement marocain de longue date : le même engagement qui s’est exprimé à travers la protection de nos concitoyens Juifs par feu Sa Majesté Mohammed V, contre la xénophobie et le nazisme. Le même engagement qui s’est exprimé à travers l’esprit de fraternité et d’ouverture cultivé par Sa Majesté Hassan II entre les Juifs et les Musulmans à travers le monde. Le même engagement qui s’exprime aujourd’hui, et depuis plus de deux décennies, à travers l’engagement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en intégrant le tribut hébraïque dans la Constitution marocaine et à valoriser et sauvegarder le patrimoine Juif national. »

Nasser Bourita a appelé les participants au Dialogue de Tanger à dépasser le brainstorming et à réfléchir activement aux sujets abordés. Il a fait remarquer que dans le monde post-pandémie, l’accent est déjà mis sur la victoire et moins sur la conviction. « Les jeux à somme nulle sont introduits comme instructions de victoire, au lieu de la réussite mutuelle comme règle du jeu. On parle beaucoup de souveraineté, sacrifiant la sécurité collective sur l’autel de la souveraineté individuelle, comme si les deux étaient exclusives. La violence est remise au goût du jour comme mode de régulation : violence dans le langage ; violence dans les actes ; violence jusqu’à la guerre. »

Se référant à l’ambition du Dialogue de Tanger de chercher une voie vers de nouvelles Lumières partagées, le ministre marocain a noté que le siècle des Lumières était aussi l’ère de l’essor de la diplomatie moderne. Il a appelé à ce que le « temps diplomatique » redevienne « géopolitique », et pas seulement « politique ». Il a donné l’exemple de la « construction diplomatique patiente mais visionnaire » du Maroc en Afrique, au Moyen-Orient et sur les questions multilatérales et mondiales pour montrer que la « diplomatie des Lumières » est une « course de fond ».

Nasser Bourita a noté qu’au Maroc « la religion doit être un rempart contre l’extrémisme et non son prétexte ». Il a déclaré que les efforts du Royaume pour former des prédicateurs religieux dans toute l’Afrique visaient à promouvoir « un islam de modération, de la voie du milieu ». Enfin, il a exhorté les participants à réfléchir à un possible « reset » dans les relations entre l’Occident et les pays arabo-musulmans.

« Les Lumières ont ceci de particulier qu’elles n’ont jamais cessé d’inspirer l’humanité », a conclu le ministre. « Le défi du Dialogue de Tanger est de remettre les Lumières à l’ordre du jour contemporain. Puisse Tanger porter haut cette ambition : celle d’un monde meilleur, où les Lumières, d’où qu’elles viennent, ne laissent personne dans le noir ou dans l’ombre. »