skip to Main Content

La Réalité Virtuelle : le renouveau en formation santé ?

Assiste t-on à un renouveau en formation santé ? Dans nos derniers articles vous l’aurez compris, la réalité virtuelle en santé s’annonce telle un raz de marée dans un domaine trop longtemps attaché à ses méthodes. Aujourd’hui, l’arrivée de ce média a effectivement changé la donne dans le domaine de la formation. En effet la formation en santé passe par une nécessité de pratique du geste. Grâce à la réalité virtuelle, et pour peu que l’on sache éviter les pièges, on s’amende des points négatifs pour faire briller le positif.

Je vous propose de faire le tour de la question dans cet article. En reprenant les bases, l’utilité du système, les cas d’utilisation ainsi que les pièges à éviter, lançons le débat et entraînons la créativité. Nous nous centrerons bien sûr sur les études en santé.

Les bases de la formation santé

Plus que dans tout autre domaine, la formation en santé est soumise à une rigueur extrême. Et pour cause, l’enjeu est de taille. Il y a une vie à la clé, un être humain complexe en face du soignant. Certes, le soignant n’engage pas le pronostic vital de son patient à chaque geste. En revanche il n’en reste pas moins qu’il touche à une intimité qui est généralement réservée à un cercle proche.

Pour être le plus professionnel et le plus efficace possible, chaque geste, du plus banal au plus complexe, doit être appris, répété et maîtrisé, tant dans sa théorie et son savoir être (« Pourquoi je fais ce geste ? ») que dans sa pratique et son savoir-faire.

S’il commence d’exister des applications quant au savoir-être et au développement de l’empathie, nous allons surtout nous attarder sur les bases de la formation à la pratique.

formation santé

Apprendre des protocoles bien précis

De l’aide-soignant au chirurgien spécialisé en passant par toutes les couleurs de l’arc en ciel soignant, le principe est toujours  le même : il s’agit d’appliquer des protocoles. C’est un ensemble de gestes dans un ordre précis afin de réaliser une action, de la plus simple à la plus complexe.

Le protocole le plus connu aujourd’hui par toute la population mondiale est le lavage de mains. C’est l’action de base du soin et de la vie en commun que l’on a récemment mise à l’honneur dans des conditions alarmantes.

Voici en cliquant ici un exemple, qui n’est pas de trop en ce moment, de ce processus version soignant que j’ai emprunté à un établissement d’hospitalisation à domicile du 42 complètement au hasard :
Dans l’absolu donc, tous les soins fonctionnent sur cet exemple. Un protocole détaille l’action :

  • Pour qui ?
  • Pourquoi ?
  • Comment ?

Une fois le protocole établi, il s’agit de répéter le geste jusqu’à ce qu’il soit acquis. Pour cela, plusieurs possibilités selon le type de formation. Nous retiendrons deux types : l’apprentissage infirmier et le geste chirurgical.

Dans les deux cas, on passera par une salle de simulation ou une salle de travaux pratiques (quand c’est possible) mais la majorité de l’entraînement se fait directement sur le patient. Dans le cas particulier de la chirurgie, on ajoutera un repérage anatomique long sur divers supports (imagerie médicale, schéma, pièce anatomique ou corps complet) ainsi que de nombreuses heures d’observations.

Les limites du réel

En soins généraux comme en chirurgie, les limites sont multiples. La première est liée au matériel de simulation des gestes de soins. Ne serait-ce que pour faire un pansement ou une détersion de plaie, apprendre à poser une voie ou à aspirer un patient, il faut un matériel coûteux et beaucoup de place. Si les mannequins de simulations ont remplacé les travaux pratiques entre étudiants (pose de voie veineuse ou toilettes, par exemple, pratiquées entre étudiants) sont une chose, tout le consommable en est une autre. C’est ainsi, des tonnes de matériel de gâché chaque année (même si certains instituts travaillent avec du matériel périmé).

Et, en médecine, il n’y a pas que le matériel qui est un « consommable ». Historiquement et jusqu’à très récemment encore, l’apprentissage des procédures de chirurgie passait par l’étape difficile de la sortie de corps. Les travaux pratiques d’anatomie se font encore principalement sous cette forme. Un corps (issu des dons à la science) est préparé pour un groupe d’étudiants, soit par pièce anatomique (un pied, une main …) soit en complet. Mais il y a peu de corps et ceux-ci sont souvent utilisés plusieurs fois, ce qui rend encore plus pénible leur manipulation.

Une formation santé pour éviter les erreurs humaines

Si l’on passe outre le matériel c’est souvent les patients qui font office de cobaye. Or, cette méthode d’apprentissage passe par la transmission du savoir d’un soignant à l’autre. Les bonnes pratiques sont alors vite biaisées par les mauvaises habitudes de chacun. D’autant plus dans des milieux tels que la chirurgie, les internes sont très encadrés et passent des heures à simplement regarder leur mentor pour enregistrer chaque geste. Mais le moment arrive forcément de sauter dans le grand bain et c’est souvent source de beaucoup de stress voire d’erreur.

formation santé

Car ne nous y trompons pas, l’erreur en médecine existe et est plus fréquente qu’on ne le croit. Bien sûr, elle est le plus souvent rattrapée, quand c’est possible. Il est évident que, dans le domaine de la santé, l’erreur coûte très cher et doit donc être évitée au maximum. Or, un manque de préparation, un stress et / ou une fatigue importante peuvent générer des erreurs très graves surtout quand le geste n’est pas maîtrisé.

Enfin, il faut comprendre que, plus que dans tous les domaines, la santé demande une formation constante du personnel soignant. Soit pour rafraîchir ses connaissances, soit pour en acquérir de nouvelles. Cela représente un coût exorbitant pour quelques jours de formation présentiels qui ne sont pas toujours efficaces par manque de temps pour la pratique encadrée.

Réalité virtuelle : les solutions dans la technologie

Bien sûr, la technologie a déjà levé une partie de ces barrières. La gamification de certains processus de réflexion, dans la médecine d’urgence notamment, permettait d’apprendre sereinement derrière son écran, les conduites à tenir et la logique des situations d’urgence. C’est d’ailleurs dans le domaine de la santé qu’il existe le plus de serious game. D’autres part, nombreux sont les professionnels qui apportent une caméra en bloc opératoire afin de se repasser les opérations à la maison.

Mais ces méthodes sont bien loin du potentiel offert par la réalité virtuelle. En pratique comment cela se passe-t-il ?

Le but principal de ces formations en réalité virtuelle est d’éviter que la première expérience d’un soin se fasse sur le patient. Une scène simulant l’action à réaliser est donc créée en 3D afin d’immerger l’utilisateur dans le contexte de son soin et lui apprendre la marche à suivre.

Un système d’apprentissage rentable

formation santéSi le coût de l’investissement de base peut paraître exorbitant aujourd’hui et dépend complètement de la complexité de l’expérience, c’est un amortissement garanti. En effet, une fois cette charge financière passée, la formation ne coûte quasiment plus rien à faire tourner.

En outre, ce système permet de s’amender du matériel et surtout de la partie consommable. Qui est si coûteuse et si polluante (rappelons qu’en médecine, le consommable est parfois de chair et d’os). Plus besoin non plus d’une salle immense pour les besoins de la simulation. Un simple espace bureau ou une salle de cours suffisent à faire s’exercer plusieurs apprenants en même temps.

Une formation plus ludique et efficace

D’autre part, son côté ludique permet une adhésion quasi systématique de l’apprenant. On estime que la concentration d’une personne lors d’un cours théorique varie de 10 à 30 min. Une fois le cours terminé, il faut le réviser et faire les liens à la pratique. Or, l’immersion dans le milieu 3D permet une meilleure imprégnation du processus du fait de l’implication pratique demandée à l’apprenant. Car, pour apprendre un geste, il est nécessaire de le voir, de le comprendre, mais surtout de le faire et de le répéter.

De plus, et s’il est préférable que l’apprenant fasse ses premiers essais avec la supervision d’un formateur (pour la partie lien à la théorie et debriefing), il peut revenir à l’expérience autant de fois qu’il le désire en totale autonomie. Il peut donc répéter sa procédure inlassablement dans le respect des bonnes pratiques si difficile à tenir dans l’apprentissage interpersonnel.

Simplifier la formation santé

En réalité virtuelle, la formation est clairement simplifiée. Selon les expériences, vous pouvez en effet ajouter du contenu théorique, des boîtes à outils in situ, et même des systèmes d’évaluation. Moins de matériel nécessaire, moins de place à fournir, moins de biais, mais que vaut cette méthode ? Est-elle vraiment efficace ?

Eh bien, il s’avère qu’elle l’est bien plus que l’apprentissage traditionnel. L’apprenant est moins stressé, moins fatigué et apprend en “s’amusant” tout en étant accompagné. Plusieurs études sont en cours pour démontrer l’efficacité de cette méthode et les premières sorties font état d’une réussite incroyable.  De fait, un soignant détendu qui va réaliser pour la première fois son soin sur un patient et qui l’a déjà répété de nombreuses fois en réalité virtuelle, saura d’emblée comment réaliser le geste, et ce à quoi il doit faire attention.

Cas d’utilisation en formation santé

En santé, les cas d’utilisation sont multiples, ils vont du lavage de mains à la chirurgie de pointe en passant par les soins infirmiers.

formation santéEn effet, la chirurgie a fait partie des premiers domaines à chercher une solution dans ce sens. C’est donc en collaboration étroite avec de petites entreprises que les chirurgiens ont commencé à simuler des opérations. D’une part, les opérations manuelles peuvent aujourd’hui être captées par des caméras 360°. Ce qui permet à l’apprenant de se repasser l’intervention à l’infini en se mettant à la place du chirurgien. Même si ce n’est que de la visualisation, le point de vue de l’opérateur et l’immersion possible rendent l’expérience intéressante. Si la chirurgie réalisée est rare, il est d’autant plus intéressant de pouvoir la revoir à l’infini que d’attendre qu’elle se présente à nouveau.

D’autre part, pour les opérations avec assistance robotique, la VR prend un sens nouveau. En effet, les contrôleurs peuvent être adaptés au maniement des ustensiles d’assistance. L’apprenant est donc parfaitement plongé dans sa simulation. Or, aujourd’hui, la priorité est donnée aux chirurgies les moins invasives par coelioscopie. Avec la réalité virtuelle, il est donc possible de les simuler entièrement dans des environnements 3D.

Par ailleurs, pour les soins infirmiers, et même s’il ne s’agit que de révision de protocole ou d’apprentissage de la logique de soins, les expériences de soin se multiplient dans le monde entier. Plusieurs universités, comme au Canada par exemple (université de Queens), sont en pleine construction de centres de simulation en santé entièrement en réalité virtuelle.

Créer des expériences immersives

Et puis, il y a les expériences plus subtiles. L’université de Dijon a développé une expérience en ORL permettant d’apprendre à diagnostiquer les origines des vertiges d’un patient. SimForHealth, leader de la formation en santé virtuelle (et notamment en réalité virtuelle) a développé une expérience pour aider les professionnels à gérer les annonces diagnostics, comme celle d’un cancer du sein. Le but de ces expériences est alors de développer un sens de l’observation et une réelle empathie envers les patients.

Enfin, les constructeurs de matériels ont également fait appel à la réalité virtuelle. Cela pour former le personnel soignant à leurs derniers appareils ou ustensiles. B Braun a, par exemple, fait appel à la société Lyonnaise  UniVR. L’objectif étant de faire la promotion de l’un de leurs appareils de dialyse.

Je laisserai de côté pour aujourd’hui les utilisations en formation de prévention incendie ou secourisme. Mais je finirai sur les formations en hygiène avec les chambres des erreurs. Des pièces préparées avec des fautes d’asepsie à retrouver. Une perte de temps flagrante puisqu’il fallait remettre tout en place à chaque formation voire entre chaque participant. L’utilité de la réalité virtuelle devient incontestable dans ce cas.

Encore quelques limites à franchir

Il reste cependant quelques points noirs aujourd’hui qui méritent réflexion.

D’une part, il existe encore trop peu d’expérience et diversifier les scénarios est coûteux. En effet, la plupart des expériences réalisées pour le moment sont des demandes spécifiques émanant de professionnels passionnés. Les expériences vont alors porter sur un sujet précis. Et, même si le scénario se répète autant de fois que de besoin, il peut-être vécu comme lassant.

Parallèlement, on trouve encore trop peu d’utilisation de la réalité virtuelle dans les formation initiales. Même si cela commence à prendre sa place dans les écoles d’infirmiers. Mais cela commence à venir et l’utilisation n’est plus cantonnée qu’à la formation des professionnels.

Former plus de professions grâce à la réalité virtuelle

De plus, il n’existe que des formations pour les professions de soins nobles (infirmier, médecins). Or, qu’en est-il des personnels de soins comme les aides soignants, que l’on pourrait former à des petits gestes simples ou même en toilettes ? Qu’en est-il des formations des agents du service hygiène (ASH) ? Ce manque de considération me laisse perplexe.

En effet, les ASH sont souvent des personnes pour qui il n’est pas nécessaire d’avoir de formation. On les forme sur le tas, en se disant “qu’il ne faut pas sortir d’une grande école pour laver des toilettes” (c’est du vécu lorsque je formais des ASH). Or, ces petites mains sont à l’origine même de l’hygiène de l’environnement hospitalier. Et s’il leur est parfois compliqué de comprendre des notions théoriques pointues, la VR permettrait une bien meilleure approche.

Enfin il y a encore trop peu de personnels de santé formés à l’utilisation de l’outil VR de façon sérieuse. Et donner une formation avec l’aide de la réalité virtuelle n’est pas chose facile. Pire : créer des contenus de formation en santé avec seulement un appui extérieur des professionnels de santé est, pour moi, une énorme erreur.

Pièges à éviter et points clés en formation santé

A ce sujet revenons sur les pièges et les notions clés.

Lorsque l’on veut faire une formation et que l’on réfléchit à un média, il n’est pas nécéssaire à 100% d’inclure la réalité virtuelle. Ce média a de nombreuses utilités et est à la mode. Pour autant, et comme dans tout processus pédagogique, son utilité doit être étudiée. Il est donc préférable d’éviter la VR pour la VR.

D’autre part, il s’agit de profession de santé. La rigueur est donc de mise. Il n’est pas permis d’inclure des fautes dans le processus VR dans ce contexte. Il est donc important que le processus soit parfaitement maîtrisé par l’une des personnes de l’équipe. Lorsqu’un peu plus haut, j’écris qu’il faut avoir l’aide d’un professionnel de santé, je parle d’une personne qui soutient l’équipe technique comprenant le jargon des deux parties afin d’être au plus proche du besoin. De multiples aller-retour entre le commanditaire et le prestataire sont aujourd’hui nécessaire. Ils sont aussi source d’erreur et de malentendus qui pèsent sur le résultat. Mais aussi sur le temps et le budget de la réalisation. Il est donc certain qu’à terme, ce secteur pourra être créateur d’un emploi nouveau. Un emploi où d’anciens professionnels de santé pourront accompagner les start up depuis l’intérieur.

Enfin pour concevoir pour la santé, il faut en comprendre les enjeux. La rigueur, la sécurité du patient, l’hygiène, la logique, l’ergonomie, la pluridisciplinarité et la collaboration sont des valeurs fortes du secteur médical. Des valeurs qu’il faut savoir s’approprier pour mettre en place ce genre de formation.

Pour conclure

Vous l’aurez compris, c’est un jour nouveau qui se lève sur la formation en santé. Assistée par la réalité virtuelle c’est une formation bien plus efficace. Et aussi moins coûteuse qui est à la porté des étudiants comme des professionnels. Si cela peut aider un secteur aux budgets toujours plus serrés, cela ne peut qu’améliorer la qualité des soins. Ainsi que la passation des informations entre les générations.

Du geste le plus simple, à celui le plus rare, les soignants peuvent aujourd’hui avoir accès à un média qui les prépare en toute sérénité à leur approche du patient. Il faudra encore quelques années avant que toutes les classes de soins puissent en bénéficier. Et cela pour une meilleure prise en charge globale du patient. Mais, plus que dans toutes autres branches de la réalité virtuelle en santé, la collaboration entre les soignants et les techniciens doit s’ouvrir et avancer.

Back To Top