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Les données de santé en « vie réelle » : utilité pour les essais cliniques

Si les essais cliniques randomisés restent la référence pour évaluer l’efficacité et la sécurité des traitements, l’analyse des données de santé en « vraie vie » peut constituer un complément précieux. Ces données permettent de vérifier la reproductibilité des résultats d’efficacité et de tolérance du traitement, au sein d’une population plus large et moins « sélectionnée » que celle des essais cliniques.

Dans cet article, nous allons évoquer la place des données « de vraie vie » nommées aussi Real Word Evidence (RWE) Data, et comment elles viennent s’articuler dans le monde de la santé d’aujourd’hui.

Les Essais Cliniques Randomisés (ECR): le gold standard pour obtenir l’AMM d’un médicament

données de santéComme chacun le sait, l’AMM ou l’autorisation de mise sur le marché d’un nouveau médicament se fonde sur les résultats d’efficacité et de sécurité obtenus dans des essais cliniques le plus souvent randomisés (ECR) contrôlés et menés idéalement en double insu.

Les patients sont sélectionnés en fonction de critères d’éligibilité stricts (ou critères d’inclusion). Puis ils sont répartis aléatoirement entre le groupe auquel est administré le traitement et celui auquel est administré un comparateur ou un placebo (le groupe témoin). Cette affectation n’étant connue ni du patient ni du thérapeute (on parle de « double insu »), assure le meilleur niveau de preuve scientifique.

La méthodologie des ECR est à la base de l’Evidence Based Medicine (EBM), apportant le meilleur niveau de preuve. Elle est donc considérée comme le gold standard lors de l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament, par l’agence européenne du médicament (EMA) ou la Food and Drug administration (FDA) aux Etats-Unis.

Qu’appelle-t-on données de « vraie vie » ou données de « vie réelle » ?

On désigne sous le terme de « données de vraie vie », ou « données de vie réelle », des données qui sont générées à l’occasion des soins réalisés en routine pour un patient. Elles reflètent donc a priori la pratique courante du praticien, à l’inverse des ECR qui sont collectés dans un cadre expérimental.

L’analyse de données de « vie réelle » permet d’obtenir des informations utiles complémentaires aux données d’essais cliniques. Elle permet de combler des lacunes de connaissances concernant l’utilisation de médicaments dans la pratique clinique de routine.

Des études complémentaires des essais cliniques

En effet, les études « de vraie vie » permettent, en premier lieu, d’observer dans quelle mesure les conditions des essais sont vérifiées dans la vraie vie. Par exemple : population réellement traitée, dosage, conditions de prescription, observance, sécurité à long-terme, qualité de vie etc… Par ailleurs, elles peuvent contenir un nombre de patients plus élevé, ce qui peut mettre en évidence des effets secondaires non repérables dans les ECR du fait du nombre limité de patients inclus. En effet, les études randomisées coûtent très cher à la R&D. Et inclure un nombre élevé de patients est un objectif très difficile à atteindre.

Quelle est la source des données de vraie vie ?

Les données de « vraie vie » anonymisées peuvent provenir de multiples sources. Elles peuvent être extraites des dossiers informatisés de patients, des informations utilisées pour le remboursement des soins. Elles peuvent être collectées dans le cadre de procédures de pharmacovigilance, dans des registres ou des cohortes, ou plus ponctuellement dans le cadre d’études ad hoc. Elles peuvent également provenir du web, des réseaux sociaux, des objets connectés, etc..

Des données indispensables pour les autorités de santé et les payeurs 

données de santéHistoriquement et de façon générale, l’évaluation réalisée par la Haute Autorité de Santé (HAS) est valable pour un délai fixé à plusieurs années. Les produits de santé, à l’issue de ce délai, font ensuite l’objet d’une réévaluation de leur intérêt thérapeutique. Cette dernière visait à décider de la poursuite du remboursement des produits concernés, et de l’évolution de leur prix en tenant compte des nouvelles données d’efficacité, d’innocuité etc..

C’est ainsi que, du modèle d’une évaluation valable pour plusieurs années, on observe un changement de paradigme vers une démonstration quasi-permanente et continue de la valeur des innovations. L’enjeu est de s’assurer que les innovations proposées aux patients apportent réellement la valeur attendue.

C’est ainsi que la HAS peut « demander le recueil de données complémentaires ». Cela se fait par la réalisation d’études d’efficacité au long cours, de la façon dont le produit est prescrit, et du bon usage par le patient. Ces études peuvent aussi inclure des effets secondaires des médicaments pour une plus large population.

Pour ce faire, les compagnies pharmaceutiques mettent en place des études de vraie vie afin de répondre à toutes les questions et les incertitudes de la HAS.

Les données de vraie vie au cœur de l’innovation santé en France et à l’International

données de santé

Alors qu’il existe un intérêt croissant pour la RWE, les bases de données et méthodologies de recherches utilisées pour la collecte et l’analyse de ces données sont de plus en plus sophistiquées. Aussi bien en France, aux États-Unis et dans d’autres pays, les chercheurs en santé ont un accès à de nouvelles données précédemment indisponibles.

Aux Etats-Unis, la FDA a créé le FDA Real-World Evidence Program Framework, afin d’évaluer l’utilisation de la RWE à tous les stades du processus de développement des médicaments. L’ Agence Européenne du Médicament (European Medicines Agency, ou EMA) a également reconnu que d’importantes questions pourraient être étudiées via des analyses de RWD par la mise en place d’un système d’apprentissage de la santé (learning healthcare system) international.

L’hydroxychloroquine et le COVID-19 : un exemple concret de l’utilisation de ces données de santé

Une étude récemment publiée dans Encéphale en Juin 2020, préconisait que l’analyse des données de vie réelle à partir des systèmes d’information hospitaliers pourrait permettre de trancher sur l’efficacité et la sécurité des traitements prescrits dans le Covid-19.

Pour le Professeur Raoult, et ses équipes, les différentes thérapeutiques testées dans les essais cliniques en cours sont déjà largement prescrites aux patients par les médecins dans les hôpitaux. Ils peuvent donc faire l’objet d’analyses immédiates selon des standards méthodologiques validés.

Compte tenu de l’urgence sanitaire et de la balance bénéfice-risque favorable de l’hydroxychloroquine, de nombreux scientifiques et personnalités publiques proposent la généralisation immédiate de ce traitement pour les formes modérées à sévères de Covid-19.

Pour les auteurs, il conviendra à l’issue de cette crise sanitaire de prendre la pleine mesure de l’intérêt des données de vie réelle produites par les hôpitaux et plus globalement par l’ensemble des professionnels de santé et de mettre en commun ces données de vraie vie afin de palier à l’urgence sanitaire causée par le COVID-19.

A bon entendeur !

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