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Réalité virtuelle santé : quelles technologies pour quels usages ?

Si nos articles précédents en matière de réalité virtuelle santé travaillaient plutôt un aspect vulgarisateur de ces technologies pour le milieu de la santé, celui-ci vous invite à faire un pas en avant. Les technologies immersives recouvrent, en effet, quatre technologies principales : la réalité augmentée, la réalité virtuelle 3D temps réel, l’immersion dans des vidéos 360° (plus ou moins interactives) et la réalité mixte. Cependant, lorsque l’on veut monter un projet dans le domaine, la question du choix entre elles se pose. Or, cette étape cruciale est souvent mal jaugée ou biaisée par un manque de connaissances, de budget, ou par manque de conseils avisés.

Aujourd’hui je vous propose donc un article totalement neutre où, partant des besoins, nous allons étudier les possibilités des réponses par technologie. C’est donc un article plus technique et plus concret qui vous est proposé. L’idée est de repartir sur la trame du première article que nous vous avions partagé le 15 Janvier 2020, « Tour d’Horizon des pratiques médicales ». De là, je vous expliquerai quelle technologie est la plus adaptée pour monter le projet correspondant et pourquoi.

La réalité virtuelle pour la chirurgie

réalité virtuelle santéCe domaine est l’un des mieux cernés aujourd’hui par les technologies immersives. En effet, les avancées et les recherches dans ce domaine bénéficient de deux atouts majeurs : des sujets de recherches financés par les universités et les pouvoirs publics d’un côté, l’attrait des fournisseurs de matériels chirurgicaux pour l’aspect publicitaire et formatif sur leurs dispositifs. Si l’on ajoute à cela l’engouement international qui en ressort (démontré par l’événement récent de Microsoft Hololens : 24h en chirurgie assistée), on comprend vite comment le sujet peut bénéficier d’une si grande étendue de possibilités. En effet, la chirurgie est abordée par toutes les modalités XR.

La première technologie utilisée en opérationnel direct est la réalité augmentée. C’est notamment le Dr Thomas Grégory (chef de service de chirurgie orthopédie et traumatologie aux APHP) qui réalisait en décembre 2017 la première chirurgie de l’épaule assistée par Hololens. Depuis, ce sont des dizaines d’opérations et de projets qui ont pris forme autour de la nécessité, pour le praticien, d’avoir accès rapidement et sans contact, à des informations médicales comme le dossier d’imagerie du patient. C’est, par exemple, le thème du projet SARA qui utilisent également des capteurs permettant de restituer le modèle 3D dans la réalité afin d’assister le praticien dans ses gestes.

Un outil parfait pour former les professionnels

réalité virtuelle santé

Sur le versant formation des chirurgiens, les possibilités sont encore plus larges. La formation passe alors par la vidéo 360° interactive, ainsi que par la réalité virtuelle et augmentée. Mais l’intérêt ici est bien de comprendre quelle est la meilleure utilisation de chaque technologie en fonction des objectifs fixés.

Pour cela, nous devons prendre un peu d’avance sur le programme et passer directement à l’item formation des soignants. Et si la chirurgie bénéficie de beaucoup de facilité, ce n’est pas le cas de tous les corps de métier du soin. Dans ce marché, beaucoup reste à faire, d’où l’importance de pouvoir faire les bons choix. Or, le choix de la technologie est un choix qui doit partir de l’objectif à atteindre et du niveau d’implication et de retour que l’on souhaite avoir de l’apprenant. Plus l’interaction et les besoins d’évaluation de réponse de l’apprenant sont importants, plus la 3D temps réel prend du sens. De même que plus l’objectif est concret et pratique, plus la 3D aura sa place.

Représenter parfaitement certaines situations

En effet dans le cadre de la formation aux softskills, le degré de réalisme est très important. Or, rien n’est plus stimulant et représentatif que la réalité de certaines situations. Aussi, et afin de faire fonctionner ce que les techniciens du milieu appellent la machine à empathie, on préfèrera la vidéo 360° interactive. Cette modalité permet l’observation et, avec un retour contrôlé et donc modéré mais suffisant, à comprendre l’enjeu psychologique d’une situation. Mais, pour autant, si l’on souhaite avoir un retour plus poussé sur les capacités du soignant, en matière de discours par exemple, une application en 3D temps réel peut être pertinente.

De même que si l’on souhaite comprendre une situation en bloc opératoire ou permettre à un apprenant d’observer une situation, bonne ou mauvaise, la vidéo 360° a un vrai impact. A fortiori, les possibilités d’interaction avec la vidéo peuvent être un plus non négligeable pour identifier des erreurs dans le script (principe des chambres des erreurs) ou pour avoir des informations sur un élément précis.

De la réalité virtuelle santé à un véritable simulateur

Cependant, du moment où l’apprentissage d’une gestuelle est nécessaire et donc dès qu’il s’agit d’acquérir une expérience dans un domaine précis, il est, à mon sens, nécessaire de passer par un module en 3D temps réel, si possible collaboratif. On passe alors d’une expérience de réalité virtuelle à un véritable simulateur. On notera par ailleurs qu’outre Atlantique, les expériences sur simulateurs sont considérées comme validantes dans le cadre d’une formation professionnelle. Or, le niveau de détail d’apprentissage est d’autant plus élevé que la répétition pratique du geste et du protocole associé est importante. Bonne décision ou non, l’heure n’est pas au jugement mais simplement à la constatation. Notons tout de même que le niveau des infirmiers américains est largement supérieur au niveau français en termes de programme, de compétences et de responsabilités.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce sujet je vous conseille l’étude suivante sur l’efficacité des simulations en réalité virtuelle en santé.

Antalgie et analgésie : éliminer la douleur grâce à la réalité virtuelle santé

hypnose virtuelSur le domaine, les recherches sont nombreuses et de fait, c’est un sujet que beaucoup d’anesthésistes ont traité, en France comme à l’étranger. Ces programmes basés sur le détournement d’attention ou encore l’hypnose médicale, sont des atouts précieux dans un combat contre la douleur induite par les soins comme dans celui contre les douleurs chroniques.

Pour rappel, leur valeur ajoutée dans le domaine de l’analgésie per et post opératoire tient à la stimulation de nos deux sens principaux : la vue et l’ouïe. Ces applications sont donc étudiées tant sur leur partie graphique qu’auditive.

Choisir la technologie adaptée à chaque cas 

Dans le cadre de cet article, je ne reviendrai que sur la partie graphique qui à mon sens, est primordiale. On sait par exemple que la vue d’environnement froid apaise mieux la douleur, et que l’eau est un élément naturellement reposant et tranquillisant. En effet, selon l’effet recherché, il est important de tenir compte de la technologie à préférer.

Pour faire simple, plus l’effet thérapeutique doit être long et profond plus il me parait adapté d’utiliser de la 3D. L’environnement devient alors plus imaginaire, et même avec une très bonne qualité et un fort réalisme, il se rapproche doucement du rêve. Entièrement contrôlable et modelable, il sera alors bien plus simple de proposer un cheminement qui puisse suivre les logiques hypnotiques utilisées en hypnose médicale. On notera par ailleurs qu’un environnement en 3D précalculé est un meilleur pari en matière de performance et donc de rendu final. De fait, aucune interaction n’étant requise dans ces programmes, c’est un gain non négligeable dans la liberté de conception des parcours.

Détendre le patient ou détourner son attention

Pour continuer sur ce versant, on peut dire, que si l’idée est plus de détourner l’attention ou de détendre un patient, de bonnes vidéos 360° en nature peuvent être très efficaces. Dans le cadre spécifique qu’est la détente et l’anxiolyse, il est, à mon sens, préférable que le patient ait le choix des armes. En effet, si certaines personnes sont plus sensibles à leur imaginaire et la rêverie, d’autres sont plus facilement touchées par la réalité et par les souvenirs. Dans ce cas, il est peut être intéressant d’avoir le choix.

réalité virtuelle santé

Enfin, et c’est un cas un peu particulier, la pédiatrie a développé ses propres armes. Ainsi, il existe aujourd’hui des applications en réalité augmentée qui visent à exprimer et à combattre la douleur et la frustration de l’impuissance face à ces soins parfois invasifs d’une façon plus ludique. L’enfant est alors invité, via une tablette, à envoyer des bombes sur le praticien, à l’asperger d’eau et ainsi de suite. C’est un principe de distraction d’attention très utile surtout pour les enfants qui ont des problèmes d’hypercontrôle dans le cadre de certaines pathologies.

C’est donc un mixe entre technologie et travail de contenu qu’il est préférable, afin de trouver le bon équilibre, de gérer avec des professionnels du sujet des deux parties présentes : médecines et technologies immersives.

Faciliter la rééducation grâce à la réalité virtuelle santé : du corps à l’esprit

La rééducation est aujourd’hui un terrain de jeu très concret des applications en réalité virtuelle. Tous les domaines sont couverts, des plus pratiques, avec la rééducation physique, au plus flous et complexes avec la rééducation vestibulaire, en passant par des adaptations très précises aux différents domaines du handicaps.

Dans ces cadres-là, le choix de la technologie semble évident. En effet, ces applications sont souvent très gamifiées et ressemblent à des jeux vidéo très étudiés. Elles demandent en outre un retour précis de données et des interactions très poussées. Or, c’est là toute la force de la 3D temps réel que de pouvoir nous faire travailler dans des mondes qui dépassent le réel.

Des applications en développement pour chaque cas

réalite virtuelle médecine

Au-delà de cela, il est intéressant de se pencher sur toutes les adaptations hardware qui peuvent s’ajouter à ces applications et permettre une meilleure inclusion auprès de personnes en difficultés ou à mobilité réduite. Sur un autre versant, l’image du corps peut elle aussi être rééduquée avec des travaux autour de « l’embodiement » et de l’identification à son avatar. Ainsi, des programmes de rééducation des troubles alimentaires ou encore centrés sur la thérapie des membres fantômes sont en plein développement.

Enfin, les autres terrains de la psychiatrie sont aujourd’hui en pleine recherche afin de trouver comment la réalité virtuelle peut aider à reconstruire l’image corporelle de personnes souffrant, par exemple, de trouble dissociatif. Dans les cas spécifiques des thérapies rééducatives de l’esprit, la 3D est encore une fois une réponse logique et unique. Les recherches poussées qui sont en cours sont donc le fruit d’une collaboration étroite entre techniciens de pointe et médecins spécialisés.

Une utilisation dans le cadre de la prévention

La prévention et la sensibilisation ont gagné en qualité ces dernières années avec l’arrivée de la réalité virtuelles sous toutes ses formes. Comme pour la formation, le choix de la technologie se fait en fonction du niveau d’interactivité souhaité. La différence tient souvent dans le budget alloué, qui est bien moins grand dans le domaine de la prévention que dans d’autres domaines médicaux. En effet, les développements sont rarement pris en charge par de grandes structures et l’investissement initial dans le matériel et les solutions revient en général à des formateurs indépendants.

réalité virtuelle en kinésithérapieAussi, en prévention, le choix se porte souvent sur la vidéo 360° avec un niveau d’interactivité plus ou moins élevé. Plus la gestuelle sera importante, plus le choix de la 3D temps réel sera pertinent. De plus, dans la composante budget, il est à prendre en compte que les scenarii de mise en situation dans le milieu de la prévention peuvent être extrêmement nombreux. Rien que dans la partie secourisme, il peut s’en monter des dizaines. Ajoutons à cela les situations de sensibilisation à différentes situations (harcèlement, handicap au travail…) et c’est un champ de possible incroyable qui s’ouvre.

La nécessité de prendre en compte la globalité du projet

Enfin, il est à noter que le choix de la vidéo 360° n’est pas qu’un problème de budget. En effet, il semblerait que le grand public n’ait pas encore appréhendé pleinement les technologies immersives. La prise en mains de scenarii en 3D temps réel complexes est donc un frein à la mise en place de session de formation en prévention. Comme le temps de ces sessions est souvent compté et vaut très cher pour les entreprises, le combo casque/contrôleurs est souvent peu utilisé et donc peu rentabilisé. Pour peu qu’il faille faire quelques réglages de calibration à la mise en place, le système reste dans son conteneur.

Il est donc important, au-delà du choix en rapport à l’interaction, de prendre en compte la globalité du projet. Dans ce cadre précis, la vidéo 360° sera alors un choix judicieux pour permettre la mise en situation émotionnelle et l’adaptation au réel. Ces vidéos, souvent plus simple dans la production et la mise en place, pourront être un point de départ intéressant. Si des besoins de connaissances gestuelles plus précis sont à prévoir, alors se posera la question de l’intégration en 3D.

La personne âgée : un challenge en plein essor

hypnose médicale et realite-virtuelleEnfin, nous ne pouvions pas passer à côté de l’envol pris récemment par les EHPAD en matière de réalité virtuelle. La pandémie et la mise en sécurité de nos séniors nous ont fait prendre conscience, un peu plus encore, de leur isolement social et de leur manque de stimulation et de sortie. La réalité virtuelle est alors venue combler ce manque et prend de plus en plus d’ampleur dans les secteurs d’animation du troisième âge.

Or, si les premières itérations de déploiement concernaient beaucoup des contenus de distraction et donc beaucoup de vidéo 360°, les résultats obtenus nous poussent à nous poser d’autres questions quant à la conception de ces contenus.

En effet, on remarque que nos aînés sont souvent très sensibles à ce média. Outre la détente que cela leur procure, les soignants en charge des animations ont remarqué de véritables évolutions bénéfiques après l’exposition à la réalité virtuelle. Des personnes aphasiques retrouvaient, pour quelques minutes, la parole et la cohérence. Des souvenirs enfouis remontaient à la surface. Dans ce cadre, il y a donc un véritable enjeu thérapeutique dans le contenu proposé.

Développer un contenu adapté à chaque situation

Technologiquement, la vidéo 360° est la bonne réponse pour ce public. Elle permet de rester encré dans le réel tout en permettant le voyage et la fantaisie. Mais, au-delà de cet aspect, c’est surtout le contenu qui sera important à travailler en fonction de l’objectif. D’une part, il faudra des contenus propres et soignés (éviter les fautes de goût sur les points de vue, ex : un paysage superbe avec un bâtiment entreprise en plein milieu ou des mégots de partout). D’autre part, il faut penser à l’aspect localité et temporalité.

En effet, pour travailler sur la détente, les contenus paysages et animaliers sont très appréciés. Pour commencer de travailler sur la mémoire, les contenus musicaux et spectacles peuvent être une réponse. De façon générale, plus le contenu doit faire travailler la mémoire, plus il doit s’axer sur du situationnel. Le lien est donc dans l’action d’hier et d’aujourd’hui. Enfin des projets sont en cours pour permettre aux personnes de se retrouver en famille en vidéo 360° live. Si c’est un projet prometteur et riche de sens d’un point de vue social, il faudra porter une attention particulière à la préparation cognitive et émotionnelle pour éviter des répercussions néfastes.

Conclusion

Vous l’aurez compris, le choix d’une technologie dans la mise en place d’un projet de réalité virtuelle n’a rien de simple. Outre des aspects budgétaires, la réflexion doit véritablement être orientée par le contexte et le besoin.

L’erreur est donc de se fier uniquement au budget ou à une seule contrainte. Le projet doit être étudié en collaboration entre les personnels médicaux et leurs homologues de la technique afin de trouver le meilleur compromis. Cela implique cependant que l’acculturation des personnels médicaux en matière de réalité virtuelle soit bonne et que les techniciens puissent faire des certaines concessions lors de leur conseils.

Le déploiement et l’accompagnement au déploiement seront alors des sujets clés dans la mise en place d’une réponse technologique plutôt qu’une autre. Mais, quand la réponse est adaptée au besoin et bien posée auprès de son utilisateur, le succès est garanti.

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